Collision aérienne
La convergence des ailleurs
La lettre de Joan:
Ma chère,
On peut dormir en paix : le monde possède encore d’excellents hôtels, même si leurs martinis ne sont pas toujours à la hauteur.
Toi et moi avons toujours eu le goût de l’aventure et le bon sens de lui imposer quelques conditions : un café capable de rendre le matin fréquentable, un oreiller digne de ce nom et un coucher de soleil assez bien élevé pour flatter notre teint. Le dépaysement est charmant, pourvu qu’il ne dépayse pas trop.
Certains prétendent partir pour se retrouver. Personnellement, je préfère ne pas me perdre au départ. C’est moins risqué.
J’ai envoyé mon itinéraire à nos chers comparses. Ils ont été soulagés d’y retrouver exactement ce qu’ils espéraient, et j’avoue que je l’étais aussi. On ne voudrait surtout pas manquer ce que les autres ont vu avant nous. Comment, sinon, passer pour des pionniers aux yeux de ceux qui nous suivent?
On a tous suivi le plan à la lettre. Évidemment, nos avions ont fini par se rejoindre à destination. On appelle ça une collision. J’y vois plutôt une remarquable chorégraphie.
Je t’embrasse de partout à la fois,
Joan
Regard sur l’œuvre
Le titre annonce le fracas d’une collision que l’image maintient en suspens : dans un ciel jaune, des avions convergent vers un même point, leurs empennages déployés à la périphérie. Tous ont perdu leur nez dans les découpes du collage. De ce choc retenu naît une figure curieusement ordonnée, entre la roue, la fleur et le mandala. Reconnaissables à la périphérie, les avions confondent leurs identités au centre.
Les teintes chaudes évoquent aussi bien le coucher de soleil d’une ancienne publicité pour l’aviation que les ciels colorés par la fumée des feux de forêt, dont l’ampleur et la fréquence croissantes donnent à ces couleurs une gravité nouvelle. L’avion a élargi notre accès au monde et chaque vol peut répondre à un rêve ou à une nécessité. L’œuvre semble toutefois nous rappeler que l’accumulation des voyages aériens relève d’un système dont les effets, tels que le réchauffement du climat et la saturation des lieux les plus fréquentés, dépassent les intentions individuelles.
Ce centre commun évoque une certaine manière de consommer l’ailleurs : les mêmes lieux deviennent incontournables parce que les mêmes images et les mêmes listes circulent partout. Il peut alors être tentant de mesurer la réussite du voyage à la production d’images attendues, comme des égoportraits réalisés dans des décors désignés d’avance. Tous les voyages n’ont pas pour autant à nous transformer. Certains répondent au besoin de repos, au bonheur de retrouver un lieu aimé ou au désir d’en conserver quelques images. D’autres nous ouvrent à la découverte : celle d’un lieu, d’une manière d’être, d’un aspect de nous-mêmes ou d’une personne que nous pensions déjà connaître. Une question demeure néanmoins : lorsque l’expérience est entièrement formatée par des attentes préfabriquées, quelle place reste-t-il à la découverte et à ce qui ne nous ressemblait pas déjà?
À force d’attendre de l’accumulation qu’elle nourrisse seule notre désir d’ailleurs, nous risquons de revenir à notre point de départ avec la satiété trompeuse des calories vides : repus d’images, mais toujours affamés d’ailleurs.
La forme du mandala ouvre une autre voie. Pour Carl Gustav Jung, le mandala pouvait représenter le Soi, une totalité intérieure plus vaste que l’ego, et le chemin qui y conduit. Dans cette optique, les avions ne convergeraient plus seulement vers une expérience rendue partout semblable. Ils dessineraient aussi différents chemins vers un centre intérieur, transformé par ce qui a été rencontré en route.
Nous pouvons multiplier les déplacements sans jamais nous laisser déplacer. À l’inverse, la rencontre avec d’autres pratiques, d’autres modes de vie ou d’autres façons de penser peut décentrer notre regard et nous apprendre quelque chose de nous-mêmes. La collision annoncée par le titre devient alors la possibilité d’un choc fécond, où les différences se rencontrent sans s’abolir.
Cette disponibilité traverse une tradition pluriséculaire du récit de voyage. Dans L’Usage du monde, l’écrivain et voyageur suisse Nicolas Bouvier laisse ainsi voir une route qui agit sur le voyageur et éprouve ses certitudes.
La lecture peut d’ailleurs devenir elle-même une forme de voyage. Sans déplacer le corps, elle nous expose à d’autres vies et à d’autres manières de penser, tout en offrant une façon plus sobre d’aller ailleurs. Une œuvre ouvre à son tour sur un territoire de découverte, quel que soit le langage qu’elle emprunte. L’aborder ainsi, ce n’est pas chercher à en extraire un message définitif, mais entrer dans son jardin, en suivre quelques sentiers et accepter que certains nous déroutent.
Cette disposition était au cœur de l’approche de sœur Wendy Beckett, historienne de l’art connue pour les émissions qu’elle a présentées à la BBC. Elle invitait celui ou celle qui regarde à ne pas imposer d’avance ses conditions ou ses étiquettes, et à relâcher les défenses de son ego. L’œuvre peut alors nous déstabiliser et ébranler certaines certitudes, ouvrant un espace d’exploration où la vision d’un autre nous ramène, autrement, vers notre propre vérité.
Au cœur de Collision aérienne, le point d’impact devient un lieu de passage. L’œuvre nous invite à considérer ce que nos déplacements produisent dans le monde, mais aussi ce qu’ils laissent entrer en nous. La distance parcourue ne mesure pas toujours l’ampleur du voyage. Il arrive alors que la rencontre transforme notre manière de voir et nous rende plus curieux, prêts à nous émerveiller de ce que nous n’aurions jamais pensé chercher.
-Louis Morency
Échos contextuels
Dans Collision aérienne, Joan Seed rassemble des avions de ligne vintage dont les fuselages convergent vers un point central dans un ciel jaune orangé. Les nez disparaissent dans les découpes tandis que les empennages se déploient à la périphérie, créant une composition radiale qui évoque à la fois un mandala, un ballet suspendu et une collision en plein vol. Par ses images trouvées, ses changements d’échelle et ses associations improbables, ce collage numérique rétrofuturiste dialogue avec le photomontage dadaïste et le collage surréaliste. Son détournement de l’imagerie publicitaire et technologique du XXe siècle rappelle également certaines stratégies du pop art.
Les avions de l’œuvre portent les promesses modernes d’une mobilité rapide et ouverte sur le monde. Leur accumulation fait également apparaître les contradictions de l’aviation commerciale et du tourisme de masse. La convergence des appareils vers un même point évoque les itinéraires standardisés et le surtourisme qui sature les destinations rendues incontournables par la circulation mondiale des images. Sous ce ciel coloré comme par la fumée, Collision aérienne ouvre enfin une lecture écocritique du voyage, où le désir d’ailleurs rencontre l’impact environnemental du transport aérien, les émissions de gaz à effet de serre et les paysages marqués par le réchauffement climatique et les feux de forêt.
Détails de l’œuvre
Titre : Collision aérienne
Artiste : Joan Seed
Technique : Collage en techniques mixtes
Tirage en édition limitée, signé et numéroté à la main
Support : Impression giclée de qualité musée sur papier coton texturé archival
Formats offerts :
• 76,2 × 76,2 cm (30 × 30 po)
• 152,4 × 152,4 cm (60 × 60 po)
Livraison : Tarif fixe de 175 $ CA par commande.
Pour acquisitions, demandes d’information et commandes spéciales : joan@joanseed.ca
Shipping: Flat rate of $175 CAD per order.
© 2026 Joan Seed. Tous droits réservés. Toute reproduction, représentation, diffusion ou utilisation de cette œuvre, en tout ou en partie, est interdite sans l’autorisation écrite préalable de l’artiste.
La convergence des ailleurs
La lettre de Joan:
Ma chère,
On peut dormir en paix : le monde possède encore d’excellents hôtels, même si leurs martinis ne sont pas toujours à la hauteur.
Toi et moi avons toujours eu le goût de l’aventure et le bon sens de lui imposer quelques conditions : un café capable de rendre le matin fréquentable, un oreiller digne de ce nom et un coucher de soleil assez bien élevé pour flatter notre teint. Le dépaysement est charmant, pourvu qu’il ne dépayse pas trop.
Certains prétendent partir pour se retrouver. Personnellement, je préfère ne pas me perdre au départ. C’est moins risqué.
J’ai envoyé mon itinéraire à nos chers comparses. Ils ont été soulagés d’y retrouver exactement ce qu’ils espéraient, et j’avoue que je l’étais aussi. On ne voudrait surtout pas manquer ce que les autres ont vu avant nous. Comment, sinon, passer pour des pionniers aux yeux de ceux qui nous suivent?
On a tous suivi le plan à la lettre. Évidemment, nos avions ont fini par se rejoindre à destination. On appelle ça une collision. J’y vois plutôt une remarquable chorégraphie.
Je t’embrasse de partout à la fois,
Joan
Regard sur l’œuvre
Le titre annonce le fracas d’une collision que l’image maintient en suspens : dans un ciel jaune, des avions convergent vers un même point, leurs empennages déployés à la périphérie. Tous ont perdu leur nez dans les découpes du collage. De ce choc retenu naît une figure curieusement ordonnée, entre la roue, la fleur et le mandala. Reconnaissables à la périphérie, les avions confondent leurs identités au centre.
Les teintes chaudes évoquent aussi bien le coucher de soleil d’une ancienne publicité pour l’aviation que les ciels colorés par la fumée des feux de forêt, dont l’ampleur et la fréquence croissantes donnent à ces couleurs une gravité nouvelle. L’avion a élargi notre accès au monde et chaque vol peut répondre à un rêve ou à une nécessité. L’œuvre semble toutefois nous rappeler que l’accumulation des voyages aériens relève d’un système dont les effets, tels que le réchauffement du climat et la saturation des lieux les plus fréquentés, dépassent les intentions individuelles.
Ce centre commun évoque une certaine manière de consommer l’ailleurs : les mêmes lieux deviennent incontournables parce que les mêmes images et les mêmes listes circulent partout. Il peut alors être tentant de mesurer la réussite du voyage à la production d’images attendues, comme des égoportraits réalisés dans des décors désignés d’avance. Tous les voyages n’ont pas pour autant à nous transformer. Certains répondent au besoin de repos, au bonheur de retrouver un lieu aimé ou au désir d’en conserver quelques images. D’autres nous ouvrent à la découverte : celle d’un lieu, d’une manière d’être, d’un aspect de nous-mêmes ou d’une personne que nous pensions déjà connaître. Une question demeure néanmoins : lorsque l’expérience est entièrement formatée par des attentes préfabriquées, quelle place reste-t-il à la découverte et à ce qui ne nous ressemblait pas déjà?
À force d’attendre de l’accumulation qu’elle nourrisse seule notre désir d’ailleurs, nous risquons de revenir à notre point de départ avec la satiété trompeuse des calories vides : repus d’images, mais toujours affamés d’ailleurs.
La forme du mandala ouvre une autre voie. Pour Carl Gustav Jung, le mandala pouvait représenter le Soi, une totalité intérieure plus vaste que l’ego, et le chemin qui y conduit. Dans cette optique, les avions ne convergeraient plus seulement vers une expérience rendue partout semblable. Ils dessineraient aussi différents chemins vers un centre intérieur, transformé par ce qui a été rencontré en route.
Nous pouvons multiplier les déplacements sans jamais nous laisser déplacer. À l’inverse, la rencontre avec d’autres pratiques, d’autres modes de vie ou d’autres façons de penser peut décentrer notre regard et nous apprendre quelque chose de nous-mêmes. La collision annoncée par le titre devient alors la possibilité d’un choc fécond, où les différences se rencontrent sans s’abolir.
Cette disponibilité traverse une tradition pluriséculaire du récit de voyage. Dans L’Usage du monde, l’écrivain et voyageur suisse Nicolas Bouvier laisse ainsi voir une route qui agit sur le voyageur et éprouve ses certitudes.
La lecture peut d’ailleurs devenir elle-même une forme de voyage. Sans déplacer le corps, elle nous expose à d’autres vies et à d’autres manières de penser, tout en offrant une façon plus sobre d’aller ailleurs. Une œuvre ouvre à son tour sur un territoire de découverte, quel que soit le langage qu’elle emprunte. L’aborder ainsi, ce n’est pas chercher à en extraire un message définitif, mais entrer dans son jardin, en suivre quelques sentiers et accepter que certains nous déroutent.
Cette disposition était au cœur de l’approche de sœur Wendy Beckett, historienne de l’art connue pour les émissions qu’elle a présentées à la BBC. Elle invitait celui ou celle qui regarde à ne pas imposer d’avance ses conditions ou ses étiquettes, et à relâcher les défenses de son ego. L’œuvre peut alors nous déstabiliser et ébranler certaines certitudes, ouvrant un espace d’exploration où la vision d’un autre nous ramène, autrement, vers notre propre vérité.
Au cœur de Collision aérienne, le point d’impact devient un lieu de passage. L’œuvre nous invite à considérer ce que nos déplacements produisent dans le monde, mais aussi ce qu’ils laissent entrer en nous. La distance parcourue ne mesure pas toujours l’ampleur du voyage. Il arrive alors que la rencontre transforme notre manière de voir et nous rende plus curieux, prêts à nous émerveiller de ce que nous n’aurions jamais pensé chercher.
-Louis Morency
Échos contextuels
Dans Collision aérienne, Joan Seed rassemble des avions de ligne vintage dont les fuselages convergent vers un point central dans un ciel jaune orangé. Les nez disparaissent dans les découpes tandis que les empennages se déploient à la périphérie, créant une composition radiale qui évoque à la fois un mandala, un ballet suspendu et une collision en plein vol. Par ses images trouvées, ses changements d’échelle et ses associations improbables, ce collage numérique rétrofuturiste dialogue avec le photomontage dadaïste et le collage surréaliste. Son détournement de l’imagerie publicitaire et technologique du XXe siècle rappelle également certaines stratégies du pop art.
Les avions de l’œuvre portent les promesses modernes d’une mobilité rapide et ouverte sur le monde. Leur accumulation fait également apparaître les contradictions de l’aviation commerciale et du tourisme de masse. La convergence des appareils vers un même point évoque les itinéraires standardisés et le surtourisme qui sature les destinations rendues incontournables par la circulation mondiale des images. Sous ce ciel coloré comme par la fumée, Collision aérienne ouvre enfin une lecture écocritique du voyage, où le désir d’ailleurs rencontre l’impact environnemental du transport aérien, les émissions de gaz à effet de serre et les paysages marqués par le réchauffement climatique et les feux de forêt.
Détails de l’œuvre
Titre : Collision aérienne
Artiste : Joan Seed
Technique : Collage en techniques mixtes
Tirage en édition limitée, signé et numéroté à la main
Support : Impression giclée de qualité musée sur papier coton texturé archival
Formats offerts :
• 76,2 × 76,2 cm (30 × 30 po)
• 152,4 × 152,4 cm (60 × 60 po)
Livraison : Tarif fixe de 175 $ CA par commande.
Pour acquisitions, demandes d’information et commandes spéciales : joan@joanseed.ca
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© 2026 Joan Seed. Tous droits réservés. Toute reproduction, représentation, diffusion ou utilisation de cette œuvre, en tout ou en partie, est interdite sans l’autorisation écrite préalable de l’artiste.
Artist: Joan Seed (contemporary collage and pop-surrealism artist)
Medium: Fine art giclée print on museum-grade archival paper
Themes: aviation art, retro futurism, surrealist collage, cultural commentary, jet age nostalgia, mid-century modern interiors, bold wall art, art for collectors, art for licensing, statement decor
Collectors’ Note: Joan Seed’s works have been featured in private collections, design projects, and contemporary interiors.
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