Tendresse maternelle

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La lettre de Joan

Ma chère,

On m’avait promis que la maternité ferait de moi une femme comblée. Me voilà surtout étanche.

Le bébé respire très bien, merci. C’est moi qu’on a oublié de vérifier. Alors j’ai gardé la dentelle, vissé le scaphandre et sorti le porte-cigarette. Une femme doit savoir s’adapter quand le bonheur familial atteint la pression des grands fonds.

Je l’aime, mon petit ange. Sur le plan logistique, mes seins prennent leur fonction nourricière très au sérieux. J’aimerais simplement qu’on se souvienne qu’ils ont aussi une vie sociale. D’ailleurs, je serais prête à me pencher sur le berceau telle une mère poule, quitte à y laisser quelques plumes. Mais je doute que ce soit possible. Car qui verrait alors la qualité de mon soutien-gorge? Et de toute façon, les plumes supportent très mal les abysses.

Quant au porte-cigarette, il ne sert à rien. Voilà justement pourquoi il m’est indispensable. La dentelle, elle, relève de l’instinct de conservation.

Tendrement,

Joan

Regard sur l’œuvre

Les Néméides

Vingt mille lieues sous les mères

Avec Tendresse maternelle, Joan Seed semble s’être amusée à bousculer l’imagerie traditionnelle de la maternité. Nous sommes loin de la mère poule veillant avec sollicitude sur son petit. Debout près de son nourrisson, une femme affiche plutôt l’assurance glamour d’une pin-up. Vêtue seulement de collants à taille haute et d’un soutien-gorge en dentelle, elle brandit son porte-cigarette avec une élégance ostentatoire. L’amour porté à l’enfant se mêle au désir de demeurer quelqu’un.

Avant même les corvées et les sacrifices, la grossesse peut constituer une première plongée abyssale. Le corps abrite une autre vie, et la frontière habituellement nette entre soi-même et l’autre se brouille. Dans
Malaise dans la civilisation, Freud reprend à l’écrivain français Romain Rolland l’expression « sentiment océanique ». Il la rattache à l’état du nourrisson qui ne distingue pas encore son moi du monde extérieur. La maternité pourrait faire revivre cette proximité depuis l’autre rive. Dans l’œuvre, le scaphandre trace autour de la mère une limite qui la protège de la dissolution autant qu’elle l’isole.

La plongée se poursuit après la naissance. La joie promise côtoie parfois la dépression post-partum, le sentiment de perdre sa liberté ou de ne plus être désirable. Le casque permet à la mère de résister à la pression. En cultivant une aguichante prestance, elle pourrait préserver une part de son identité antérieure. Or, le porte-cigarette ne rejoint aucune bouche. La liberté subsiste comme geste; le plaisir, lui, demeure hors d’atteinte.

Deux petites mains agrippent des barreaux derrière les hublots. À qui appartiennent-elles? Peut-être à la fillette qu’elle fut, reléguée dans quelque oubliette intérieure. Freud écrivait que le moi ne règne pas en maître dans sa propre maison. Le scaphandre donne à cette formule une présence presque littérale : une part ancienne de la mère pourrait continuer d’agir en elle par des voies qui lui demeurent obscures.

À proximité, le bébé repose dans un siège robuste. Des sangles équipent celui-ci, sans retenir l’enfant. Ce détachement met le cycle en mouvement : libre de quitter son point d’origine, il pourra entreprendre sa propre traversée. Il emportera néanmoins ce qu’il aura reçu. La psyché de l’enfant se forme aussi au contact de la relation que ses parents entretiennent avec eux-mêmes. Le glamour choisi par Joan en offre un exemple parmi d’autres. Ce qui aide la mère à ne pas se perdre peut devenir une paroi pour son enfant. On peut être profondément aimé par quelqu’un qui demeure, par endroits, inaccessible. De petites blessures s’inscrivent ainsi avant même de pouvoir être racontées.

Et si ce bébé devenait un jour la femme au scaphandre? Devenir mère pourrait la ramener vers sa propre enfance, comme une plongeuse descendant dans les eaux de son inconscient. La mère porte l’enfant qu’elle a été; l’enfant portera peut-être un jour les traces de cette mère. Le cycle n’exige pas une répétition à l’identique. Chaque génération reprend le voyage depuis un autre rivage, avec la possibilité de transformer ce qu’elle rencontre dans les profondeurs.

Jules Verne offre à cette plongée un autre véhicule. Vingt mille lieues sous les mers devient ici Vingt mille lieues sous les mères. Chez Verne, les vingt mille lieues correspondent à la distance parcourue sous les mers. Ici, ce trajet s’enfonce également dans les profondeurs de l’inconscient et traverse plusieurs générations maternelles. Le Nautilus, sous-marin du capitaine Nemo, ouvre l’immensité des océans à ses passagers tout en les retenant dans un monde clos. En latin, nemo signifie « personne ». Sous le scaphandre, la mère n’a plus de visage. Celle qui cherche à demeurer quelqu’un pourrait-elle craindre de ne plus être personne?

Le suffixe grec -ide marque la descendance. Appelons donc Néméides les descendantes imaginaires de Nemo. Leur nom les apparente aux Néréides, nymphes marines nées de Nérée, ancienne divinité de la mer, et de l’Océanide Doris. Le rapprochement se prolonge jusque dans la culture populaire : dans la version canadienne-française des films de Pixar, Nemo côtoie Doris. Aux prises avec des troubles de mémoire, celle-ci replonge à son tour vers sa mémoire et ses origines. La culture possède aussi sa mémoire souterraine.

Les gestes laissent des traces, mais les traces ne dictent pas un destin. Tendresse maternelle nous place au point de rencontre entre ce que les mères transmettent malgré elles et ce que leurs enfants pourront un jour transformer. Sous le casque, derrière les barreaux, quelque chose attend peut-être d’être reconnu. À côté, les sangles ouvertes annoncent déjà le prochain départ

-Louis Morency

Échos contextuels

Tendresse maternelle (Doting Mother) est un collage surréaliste rétrofuturiste dans lequel Joan Seed confronte l’imagerie glamour du milieu du XXe siècle aux réalités complexes de la maternité. Vêtue de collants à taille haute et d’un soutien-gorge en dentelle, une femme se tient près d’un nourrisson, la tête enfermée dans un scaphandre. Son porte-cigarette, sa pose de pin-up et les petites mains agrippées à des barreaux derrière les hublots composent une scène aussi élégante qu’énigmatique.

L’œuvre s’inscrit dans une tradition du collage féministe et surréaliste qui détourne les images idéalisées de la vie domestique pour en révéler les tensions. Le scaphandre peut évoquer la pression sociale, l’isolement, la charge mentale ou la dépression post-partum, tandis que la lingerie rappelle que l’identité et la sensualité d’une femme ne disparaissent pas avec la maternité. Ces thèmes trouvent aujourd’hui un écho dans les discussions entourant le travail parental, la santé mentale des mères et la possibilité de prendre soin d’un enfant sans renoncer à soi-même.

Œuvres connexes:

bit.ly/4wCv1x4

bit.ly/45aryK8

Détails de l’œuvre

Titre français : Tendresse maternelle
Titre anglais : Doting Mother

Artiste : Joan Seed

Technique : Collage en techniques mixtes

Tirage en édition limitée, signé et numéroté à la main

Support : Impression giclée de qualité musée sur papier coton texturé archival

Formats offerts :

• 76,2 × 76,2 cm (30 × 30 po)

• 152,4 × 152,4 cm (60 × 60 po)

Livraison : Tarif fixe de 175 $ CA par commande.

Pour acquisitions, demandes d’information et commandes spéciales : joan@joanseed.ca

© 2026 Joan Seed. Tous droits réservés. Toute reproduction, représentation, diffusion ou utilisation de cette œuvre, en tout ou en partie, est interdite sans l’autorisation écrite préalable de l’artiste.

La lettre de Joan

Ma chère,

On m’avait promis que la maternité ferait de moi une femme comblée. Me voilà surtout étanche.

Le bébé respire très bien, merci. C’est moi qu’on a oublié de vérifier. Alors j’ai gardé la dentelle, vissé le scaphandre et sorti le porte-cigarette. Une femme doit savoir s’adapter quand le bonheur familial atteint la pression des grands fonds.

Je l’aime, mon petit ange. Sur le plan logistique, mes seins prennent leur fonction nourricière très au sérieux. J’aimerais simplement qu’on se souvienne qu’ils ont aussi une vie sociale. D’ailleurs, je serais prête à me pencher sur le berceau telle une mère poule, quitte à y laisser quelques plumes. Mais je doute que ce soit possible. Car qui verrait alors la qualité de mon soutien-gorge? Et de toute façon, les plumes supportent très mal les abysses.

Quant au porte-cigarette, il ne sert à rien. Voilà justement pourquoi il m’est indispensable. La dentelle, elle, relève de l’instinct de conservation.

Tendrement,

Joan

Regard sur l’œuvre

Les Néméides

Vingt mille lieues sous les mères

Avec Tendresse maternelle, Joan Seed semble s’être amusée à bousculer l’imagerie traditionnelle de la maternité. Nous sommes loin de la mère poule veillant avec sollicitude sur son petit. Debout près de son nourrisson, une femme affiche plutôt l’assurance glamour d’une pin-up. Vêtue seulement de collants à taille haute et d’un soutien-gorge en dentelle, elle brandit son porte-cigarette avec une élégance ostentatoire. L’amour porté à l’enfant se mêle au désir de demeurer quelqu’un.

Avant même les corvées et les sacrifices, la grossesse peut constituer une première plongée abyssale. Le corps abrite une autre vie, et la frontière habituellement nette entre soi-même et l’autre se brouille. Dans
Malaise dans la civilisation, Freud reprend à l’écrivain français Romain Rolland l’expression « sentiment océanique ». Il la rattache à l’état du nourrisson qui ne distingue pas encore son moi du monde extérieur. La maternité pourrait faire revivre cette proximité depuis l’autre rive. Dans l’œuvre, le scaphandre trace autour de la mère une limite qui la protège de la dissolution autant qu’elle l’isole.

La plongée se poursuit après la naissance. La joie promise côtoie parfois la dépression post-partum, le sentiment de perdre sa liberté ou de ne plus être désirable. Le casque permet à la mère de résister à la pression. En cultivant une aguichante prestance, elle pourrait préserver une part de son identité antérieure. Or, le porte-cigarette ne rejoint aucune bouche. La liberté subsiste comme geste; le plaisir, lui, demeure hors d’atteinte.

Deux petites mains agrippent des barreaux derrière les hublots. À qui appartiennent-elles? Peut-être à la fillette qu’elle fut, reléguée dans quelque oubliette intérieure. Freud écrivait que le moi ne règne pas en maître dans sa propre maison. Le scaphandre donne à cette formule une présence presque littérale : une part ancienne de la mère pourrait continuer d’agir en elle par des voies qui lui demeurent obscures.

À proximité, le bébé repose dans un siège robuste. Des sangles équipent celui-ci, sans retenir l’enfant. Ce détachement met le cycle en mouvement : libre de quitter son point d’origine, il pourra entreprendre sa propre traversée. Il emportera néanmoins ce qu’il aura reçu. La psyché de l’enfant se forme aussi au contact de la relation que ses parents entretiennent avec eux-mêmes. Le glamour choisi par Joan en offre un exemple parmi d’autres. Ce qui aide la mère à ne pas se perdre peut devenir une paroi pour son enfant. On peut être profondément aimé par quelqu’un qui demeure, par endroits, inaccessible. De petites blessures s’inscrivent ainsi avant même de pouvoir être racontées.

Et si ce bébé devenait un jour la femme au scaphandre? Devenir mère pourrait la ramener vers sa propre enfance, comme une plongeuse descendant dans les eaux de son inconscient. La mère porte l’enfant qu’elle a été; l’enfant portera peut-être un jour les traces de cette mère. Le cycle n’exige pas une répétition à l’identique. Chaque génération reprend le voyage depuis un autre rivage, avec la possibilité de transformer ce qu’elle rencontre dans les profondeurs.

Jules Verne offre à cette plongée un autre véhicule. Vingt mille lieues sous les mers devient ici Vingt mille lieues sous les mères. Chez Verne, les vingt mille lieues correspondent à la distance parcourue sous les mers. Ici, ce trajet s’enfonce également dans les profondeurs de l’inconscient et traverse plusieurs générations maternelles. Le Nautilus, sous-marin du capitaine Nemo, ouvre l’immensité des océans à ses passagers tout en les retenant dans un monde clos. En latin, nemo signifie « personne ». Sous le scaphandre, la mère n’a plus de visage. Celle qui cherche à demeurer quelqu’un pourrait-elle craindre de ne plus être personne?

Le suffixe grec -ide marque la descendance. Appelons donc Néméides les descendantes imaginaires de Nemo. Leur nom les apparente aux Néréides, nymphes marines nées de Nérée, ancienne divinité de la mer, et de l’Océanide Doris. Le rapprochement se prolonge jusque dans la culture populaire : dans la version canadienne-française des films de Pixar, Nemo côtoie Doris. Aux prises avec des troubles de mémoire, celle-ci replonge à son tour vers sa mémoire et ses origines. La culture possède aussi sa mémoire souterraine.

Les gestes laissent des traces, mais les traces ne dictent pas un destin. Tendresse maternelle nous place au point de rencontre entre ce que les mères transmettent malgré elles et ce que leurs enfants pourront un jour transformer. Sous le casque, derrière les barreaux, quelque chose attend peut-être d’être reconnu. À côté, les sangles ouvertes annoncent déjà le prochain départ

-Louis Morency

Échos contextuels

Tendresse maternelle (Doting Mother) est un collage surréaliste rétrofuturiste dans lequel Joan Seed confronte l’imagerie glamour du milieu du XXe siècle aux réalités complexes de la maternité. Vêtue de collants à taille haute et d’un soutien-gorge en dentelle, une femme se tient près d’un nourrisson, la tête enfermée dans un scaphandre. Son porte-cigarette, sa pose de pin-up et les petites mains agrippées à des barreaux derrière les hublots composent une scène aussi élégante qu’énigmatique.

L’œuvre s’inscrit dans une tradition du collage féministe et surréaliste qui détourne les images idéalisées de la vie domestique pour en révéler les tensions. Le scaphandre peut évoquer la pression sociale, l’isolement, la charge mentale ou la dépression post-partum, tandis que la lingerie rappelle que l’identité et la sensualité d’une femme ne disparaissent pas avec la maternité. Ces thèmes trouvent aujourd’hui un écho dans les discussions entourant le travail parental, la santé mentale des mères et la possibilité de prendre soin d’un enfant sans renoncer à soi-même.

Œuvres connexes:

bit.ly/4wCv1x4

bit.ly/45aryK8

Détails de l’œuvre

Titre français : Tendresse maternelle
Titre anglais : Doting Mother

Artiste : Joan Seed

Technique : Collage en techniques mixtes

Tirage en édition limitée, signé et numéroté à la main

Support : Impression giclée de qualité musée sur papier coton texturé archival

Formats offerts :

• 76,2 × 76,2 cm (30 × 30 po)

• 152,4 × 152,4 cm (60 × 60 po)

Livraison : Tarif fixe de 175 $ CA par commande.

Pour acquisitions, demandes d’information et commandes spéciales : joan@joanseed.ca

© 2026 Joan Seed. Tous droits réservés. Toute reproduction, représentation, diffusion ou utilisation de cette œuvre, en tout ou en partie, est interdite sans l’autorisation écrite préalable de l’artiste.

Dimensions:

This original, metaphorical, and symbolic fine artwork reimagines 1950s domestic ideals through a surreal feminist lens. The vintage diving helmet becomes a symbol of emotional isolation and societal pressure — a visual metaphor for the suffocating expectations of motherhood wrapped in mid-century perfection. Doting Mother invites viewers to reflect on freedom, identity, and performance beneath the polished veneer of the past.