Queen of the Desert
LA LETTRE DE JOAN
Ma chère,
Une idée folle me vient. Si on refaisait notre légendaire périple dans l’arrière-pays, question de reconquérir notre jeunesse? Une sorte de tournée d’adieu de deux folles en goguette. La première d’une longue série, évidemment.
Je me rappelle tes bains de soleil en plein désert. Tes chairs généreusement exposées faisaient saliver les croquants, offrant enfin un peu d’humidité à ce pays de malheur! Ils rêvaient d’en faire bonne chère, tandis que les bigots et autres born again armés jusqu’aux dents menaçaient du haut de leur chaire de nous faire payer cher cette liberté dont ils faisaient le choix de se priver. Comme si leur patelin n’était pas déjà l’enfer qu’ils nous promettaient, avec ses démons en habits du dimanche.
Je garde pourtant un souvenir radieux de notre odyssée : on s’y est endurci la couenne en plus de se l’être fait dorer. On est même devenues complices à perpétuité. Et tant qu’à brûler pour l’éternité, autant avoir une amie avec qui faire rougir les damnés.
Dis-moi vite si tu es partante, ma chère. Il faudra retaper la roulotte : elle a moins bien vieilli que nous.
Joan
REGARD SUR L’ŒUVRE
Nature morte
Que le monde explose s’il le souhaite, il restera au moins un craquelin à tartiner. Dans Queen of the Desert, Joan Seed nous présente une femme qui lézarde au soleil en plein milieu du désert. Rien de plus normal dans l’univers de l’artiste. Une roulotte argentée lui tient compagnie, tandis qu’une boule de feu et de fumée envahit le ciel. Au premier plan, deux mains démesurées s’affairent autour de cette collation. La terre craquelée paraît, elle, rétive à toute vie. De la bouchée au paysage, la nature se fait doublement morte.
Car que vient faire ce biscuit Ritz couvert de Cheez Whiz au-dessus du corps de la femme? L’histoire de l’art nous offre ici une piste à explorer. Avec le couteau qui l’accompagne, le craquelin évoque en effet une nature morte au sens artistique du terme, c’est-à-dire une composition donnant le premier rôle aux choses inanimées. Les aliments y sont souvent représentés, notamment le fromage. Joan a ainsi installé une nature morte dans un paysage qui est lui-même privé de vie.
Clara Peeters, peintre flamande active au début du XVIIe siècle, accorde au fromage une place centrale dans sa Nature morte aux fromages, amandes et bretzels (vers 1615). Le Français Antoine Vollon (1833–1900) le met lui aussi en scène dans Nature morte au fromage, probablement peinte à la fin des années 1870. Le Centre Pompidou associe Nature morte au fromage et au broc (1949), du peintre français Bernard Buffet (1928–1999), à la mélancolie et à la pénurie. Cette impression de dénuement n’est pas sans rappeler la désolation du désert de Seed.
La lettre de Joan nous révèle que la femme étendue est en fait sa « chère amie », la destinataire habituelle de ses confidences. Elle apparaît ici comme une oasis fertile dans ce paysage si avare de vie. Ses chairs généreuses et le craquelin nappé de fromage promettent de quoi se nourrir. La diagonale du couteau conduit le regard vers la bouchée superposée au corps étendu, comme si la femme elle-même s’offrait à la consommation. Mais qu’offre-t-elle au juste à nos appétits? Son corps, peut-être, autant que sa manière de l’habiter librement et avec volupté.
Le titre de l’œuvre rappelle le film The Adventures of Priscilla, Queen of the Desert (1994), de Stephan Elliott. Deux drag queens et une femme transgenre y traversent l’Outback australien, depuis Sydney jusqu’à Alice Springs, pour aller se produire en spectacle dans un casino. La roulotte argentée évoque le vieil autobus dans lequel elles voyagent. L’explosion fait aussi penser au scandale que provoque la présence de l’extravagante petite troupe dans des contrées peu habituées à une différence affichée avec autant de panache. Au fil des agressions et des rencontres accueillantes, le voyage devient une occasion de réconciliation avec soi, et l’amitié vient soutenir une liberté toujours à défendre.
Le désert accueille depuis longtemps de telles traversées initiatiques. Dans les récits bibliques, le peuple hébreu y chemine quarante ans avant d’entrer dans la Terre promise. Jésus y jeûne et affronte la tentation pendant quarante jours, avant de commencer sa prédication. Ces récits font du désert un lieu de passage, où se prépare la suite de l’existence. On peut imaginer que la femme y a trouvé, elle aussi, une assurance qui l’accompagnera bien au-delà du voyage. C’est d’ailleurs ce que laisse entendre Joan dans sa lettre.
Comparer cette blonde langoureuse au Christ semble incongru de prime abord. Or, le désert fournit un premier point de rencontre, puis la liberté manifestée à l’égard de certaines conventions en offre un second. Dans l’Évangile, Jésus scandalise certains de ses contemporains en partageant la table de ceux qu’ils réprouvent. La foi et l’amour ouvrent avec lui une voie de libération. Chez Seed, l’émancipation passe par l’érotisme et l’acceptation du corps. La roulotte métallique et l’association familière Ritz-Cheez Whiz évoquent le quotidien des années 60 et 70. La sensualité affichée de la femme invite à rapprocher cette scène de la révolution sexuelle, qui revendique à cette époque une plus grande liberté dans le rapport au corps et au plaisir. Les bigots évoqués dans la lettre de Joan incarnent les résistances par rapport à une telle liberté.
La chair offerte en nourriture rappelle également la communion, où le Christ se donne pour la vie du monde. En parallèle, la sensualité et l’érotisme qui émanent de l’amie de Joan sont de nature à réveiller chez les autres le désir de vivre (en plus du désir tout court). Le fromage lui-même rejoint cette lecture : saint Augustin (un des pères de l’Église) voit dans le lait qui se coagule en fromage une image de la grâce nourricière. Salvador Dalí invoquera ce passage pour affirmer que « Jésus, c’est du fromage, […] des montagnes, des montagnes et des montagnes de fromage » dans une entrevue accordée en 1961. Le Cheez Whiz se retrouve donc en bien sainte compagnie.
Quant au couteau, il n’a ici rien de bien menaçant puisqu’il sert à tartiner. Sa lame peut justement évoquer un sacrifice salutaire. Nous construisons une large part de notre existence autour du désir d’être acceptés; or nous restons souvent attachés à cette construction même lorsqu’elle nous entrave. Y renoncer pour épouser pleinement notre différence demande du courage. Et c’est peut-être un tel renoncement, accompli avec le soutien de sa complice, qui a permis à notre folle reine du désert de s’ouvrir comme une fleur de cactus. La liberté qu’elle a ainsi acquise devient alors une invitation, car son assurance pourrait donner à d’autres le goût de se révéler à leur tour. Seed nous place donc devant un paradoxe : même au milieu de cette nature doublement morte, la vie, comme la liberté, fleurit et se propage.
-Louis Morency
ÉCHOS CONTEXTUELS
Queen of the Desert, collage rétro de Joan Seed, croise l’esthétique du pop art et la tradition de la nature morte. Le craquelin Ritz couvert de Cheez Whiz inscrit le fromage, représenté notamment par Clara Peeters, Antoine Vollon et Bernard Buffet, dans l’univers des produits de grande consommation. La roulotte argentée et cette collation familière évoquent le quotidien nord-américain des années 1960-1970, tandis que la sensualité de la femme étendue invite à rapprocher la scène de la révolution sexuelle et de ses revendications de liberté.
Le titre rappelle également le film The Adventures of Priscilla, Queen of the Desert (1994), de Stephan Elliott, où la traversée de l’Outback australien associe affirmation de soi, amitié et confrontation aux préjugés. Le désert peut aussi se lire à la lumière des récits bibliques de tentation et de transformation, tandis que la superposition du corps et de la nourriture suggère un rapprochement avec la communion chrétienne. Ces références permettent d’explorer les liens entre émancipation sexuelle et transformation spirituelle, ainsi que le rôle de l’amitié dans l’acceptation de sa différence.
FICHE TECHNIQUE
Titre : Queen of the Desert
Artiste : Joan Seed
Technique : Collage en techniques mixtes
Tirage en édition limitée, signé et numéroté à la main
Support : Impression giclée de qualité musée sur papier coton texturé archival
Formats offerts :
• 76,2 × 76,2 cm (30 × 30 po)
• 152,4 × 152,4 cm (60 × 60 po)
Livraison : Tarif fixe de 175 $ CA par commande.
Pour acquisitions, demandes d’information et commandes spéciales : joan@joanseed.ca
© 2026 Joan Seed. Tous droits réservés. Toute reproduction, représentation, diffusion ou utilisation de cette œuvre, en tout ou en partie, est interdite sans l’autorisation écrite préalable de l’artiste.
LA LETTRE DE JOAN
Ma chère,
Une idée folle me vient. Si on refaisait notre légendaire périple dans l’arrière-pays, question de reconquérir notre jeunesse? Une sorte de tournée d’adieu de deux folles en goguette. La première d’une longue série, évidemment.
Je me rappelle tes bains de soleil en plein désert. Tes chairs généreusement exposées faisaient saliver les croquants, offrant enfin un peu d’humidité à ce pays de malheur! Ils rêvaient d’en faire bonne chère, tandis que les bigots et autres born again armés jusqu’aux dents menaçaient du haut de leur chaire de nous faire payer cher cette liberté dont ils faisaient le choix de se priver. Comme si leur patelin n’était pas déjà l’enfer qu’ils nous promettaient, avec ses démons en habits du dimanche.
Je garde pourtant un souvenir radieux de notre odyssée : on s’y est endurci la couenne en plus de se l’être fait dorer. On est même devenues complices à perpétuité. Et tant qu’à brûler pour l’éternité, autant avoir une amie avec qui faire rougir les damnés.
Dis-moi vite si tu es partante, ma chère. Il faudra retaper la roulotte : elle a moins bien vieilli que nous.
Joan
REGARD SUR L’ŒUVRE
Nature morte
Que le monde explose s’il le souhaite, il restera au moins un craquelin à tartiner. Dans Queen of the Desert, Joan Seed nous présente une femme qui lézarde au soleil en plein milieu du désert. Rien de plus normal dans l’univers de l’artiste. Une roulotte argentée lui tient compagnie, tandis qu’une boule de feu et de fumée envahit le ciel. Au premier plan, deux mains démesurées s’affairent autour de cette collation. La terre craquelée paraît, elle, rétive à toute vie. De la bouchée au paysage, la nature se fait doublement morte.
Car que vient faire ce biscuit Ritz couvert de Cheez Whiz au-dessus du corps de la femme? L’histoire de l’art nous offre ici une piste à explorer. Avec le couteau qui l’accompagne, le craquelin évoque en effet une nature morte au sens artistique du terme, c’est-à-dire une composition donnant le premier rôle aux choses inanimées. Les aliments y sont souvent représentés, notamment le fromage. Joan a ainsi installé une nature morte dans un paysage qui est lui-même privé de vie.
Clara Peeters, peintre flamande active au début du XVIIe siècle, accorde au fromage une place centrale dans sa Nature morte aux fromages, amandes et bretzels (vers 1615). Le Français Antoine Vollon (1833–1900) le met lui aussi en scène dans Nature morte au fromage, probablement peinte à la fin des années 1870. Le Centre Pompidou associe Nature morte au fromage et au broc (1949), du peintre français Bernard Buffet (1928–1999), à la mélancolie et à la pénurie. Cette impression de dénuement n’est pas sans rappeler la désolation du désert de Seed.
La lettre de Joan nous révèle que la femme étendue est en fait sa « chère amie », la destinataire habituelle de ses confidences. Elle apparaît ici comme une oasis fertile dans ce paysage si avare de vie. Ses chairs généreuses et le craquelin nappé de fromage promettent de quoi se nourrir. La diagonale du couteau conduit le regard vers la bouchée superposée au corps étendu, comme si la femme elle-même s’offrait à la consommation. Mais qu’offre-t-elle au juste à nos appétits? Son corps, peut-être, autant que sa manière de l’habiter librement et avec volupté.
Le titre de l’œuvre rappelle le film The Adventures of Priscilla, Queen of the Desert (1994), de Stephan Elliott. Deux drag queens et une femme transgenre y traversent l’Outback australien, depuis Sydney jusqu’à Alice Springs, pour aller se produire en spectacle dans un casino. La roulotte argentée évoque le vieil autobus dans lequel elles voyagent. L’explosion fait aussi penser au scandale que provoque la présence de l’extravagante petite troupe dans des contrées peu habituées à une différence affichée avec autant de panache. Au fil des agressions et des rencontres accueillantes, le voyage devient une occasion de réconciliation avec soi, et l’amitié vient soutenir une liberté toujours à défendre.
Le désert accueille depuis longtemps de telles traversées initiatiques. Dans les récits bibliques, le peuple hébreu y chemine quarante ans avant d’entrer dans la Terre promise. Jésus y jeûne et affronte la tentation pendant quarante jours, avant de commencer sa prédication. Ces récits font du désert un lieu de passage, où se prépare la suite de l’existence. On peut imaginer que la femme y a trouvé, elle aussi, une assurance qui l’accompagnera bien au-delà du voyage. C’est d’ailleurs ce que laisse entendre Joan dans sa lettre.
Comparer cette blonde langoureuse au Christ semble incongru de prime abord. Or, le désert fournit un premier point de rencontre, puis la liberté manifestée à l’égard de certaines conventions en offre un second. Dans l’Évangile, Jésus scandalise certains de ses contemporains en partageant la table de ceux qu’ils réprouvent. La foi et l’amour ouvrent avec lui une voie de libération. Chez Seed, l’émancipation passe par l’érotisme et l’acceptation du corps. La roulotte métallique et l’association familière Ritz-Cheez Whiz évoquent le quotidien des années 60 et 70. La sensualité affichée de la femme invite à rapprocher cette scène de la révolution sexuelle, qui revendique à cette époque une plus grande liberté dans le rapport au corps et au plaisir. Les bigots évoqués dans la lettre de Joan incarnent les résistances par rapport à une telle liberté.
La chair offerte en nourriture rappelle également la communion, où le Christ se donne pour la vie du monde. En parallèle, la sensualité et l’érotisme qui émanent de l’amie de Joan sont de nature à réveiller chez les autres le désir de vivre (en plus du désir tout court). Le fromage lui-même rejoint cette lecture : saint Augustin (un des pères de l’Église) voit dans le lait qui se coagule en fromage une image de la grâce nourricière. Salvador Dalí invoquera ce passage pour affirmer que « Jésus, c’est du fromage, […] des montagnes, des montagnes et des montagnes de fromage » dans une entrevue accordée en 1961. Le Cheez Whiz se retrouve donc en bien sainte compagnie.
Quant au couteau, il n’a ici rien de bien menaçant puisqu’il sert à tartiner. Sa lame peut justement évoquer un sacrifice salutaire. Nous construisons une large part de notre existence autour du désir d’être acceptés; or nous restons souvent attachés à cette construction même lorsqu’elle nous entrave. Y renoncer pour épouser pleinement notre différence demande du courage. Et c’est peut-être un tel renoncement, accompli avec le soutien de sa complice, qui a permis à notre folle reine du désert de s’ouvrir comme une fleur de cactus. La liberté qu’elle a ainsi acquise devient alors une invitation, car son assurance pourrait donner à d’autres le goût de se révéler à leur tour. Seed nous place donc devant un paradoxe : même au milieu de cette nature doublement morte, la vie, comme la liberté, fleurit et se propage.
-Louis Morency
ÉCHOS CONTEXTUELS
Queen of the Desert, collage rétro de Joan Seed, croise l’esthétique du pop art et la tradition de la nature morte. Le craquelin Ritz couvert de Cheez Whiz inscrit le fromage, représenté notamment par Clara Peeters, Antoine Vollon et Bernard Buffet, dans l’univers des produits de grande consommation. La roulotte argentée et cette collation familière évoquent le quotidien nord-américain des années 1960-1970, tandis que la sensualité de la femme étendue invite à rapprocher la scène de la révolution sexuelle et de ses revendications de liberté.
Le titre rappelle également le film The Adventures of Priscilla, Queen of the Desert (1994), de Stephan Elliott, où la traversée de l’Outback australien associe affirmation de soi, amitié et confrontation aux préjugés. Le désert peut aussi se lire à la lumière des récits bibliques de tentation et de transformation, tandis que la superposition du corps et de la nourriture suggère un rapprochement avec la communion chrétienne. Ces références permettent d’explorer les liens entre émancipation sexuelle et transformation spirituelle, ainsi que le rôle de l’amitié dans l’acceptation de sa différence.
FICHE TECHNIQUE
Titre : Queen of the Desert
Artiste : Joan Seed
Technique : Collage en techniques mixtes
Tirage en édition limitée, signé et numéroté à la main
Support : Impression giclée de qualité musée sur papier coton texturé archival
Formats offerts :
• 76,2 × 76,2 cm (30 × 30 po)
• 152,4 × 152,4 cm (60 × 60 po)
Livraison : Tarif fixe de 175 $ CA par commande.
Pour acquisitions, demandes d’information et commandes spéciales : joan@joanseed.ca
© 2026 Joan Seed. Tous droits réservés. Toute reproduction, représentation, diffusion ou utilisation de cette œuvre, en tout ou en partie, est interdite sans l’autorisation écrite préalable de l’artiste.
Style & Theme: Retro surreal collage, satirical Americana, desert surrealism, ironic pop art, dark humor, sex and fine art
Who is it for? Interior designers, dark humor art collectors, contemporary art galleries, curators, art dealers, retro pop art aficionados
Decor Uses: Statement wall art, collector’s gallery showpiece, bold conversation artwork, luxury modern interiors
You Might Also Like